C’est la mort à la plage – Julieta

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Sortie le 18 mai 2016             Réalisation : Pedro Almodovar           Durée : 1h39

 

Avec : Emma Suarez, Adriana Ugarte, Daniel Grao, Dario Grandinetti, Inma Cuesta, Rossy De Palma

 

Production : El Deseo             Distribution : Pathé Distribution

 

 

 

Quand l’introspection tue la l’introspection.

 

Durant ces trois semaines d’absence, caché dans des contrées ou l’internet est aléatoire, Bizard Bizard n’a rien vu et n’a rien entendu de ce qu’il s’est tramé dans le royaume de France. Il y a pourtant une voix qui a dépassé la mer et les montagnes, une voix que l’on connaît bien et qui remplit notre cœur de joie, un appel qu’on ne peut pas ne pas entendre : l’appel de Pedro. C’est ainsi, que tel le bon croyant nous nous sommes rendu au plus vite à l’église Mk2 pour rendre grâce à notre Dieu.

 

À l’aube de ses cinquante ans, Julieta s’apprête joyeusement à s’installer au Portugal avec son compagnon. Mais lorsqu’elle rencontre une amie de sa fille qui lui apprend qu’elle a croisée celle-ci, la bonne dame annule son prochain heureux événement, préférant rester à Madrid ruminer la douloureuse douzaine d’années d’absence de sa progéniture. Dans un souci de productivité, Julieta décide de canaliser sa peine en écrivant une lettre à sa fille afin de tout lui expliquer. Commence alors un flashback retraçant la vie de la malchanceuse et bien malheureuse maman…

 

 

Avec ce nouveau film Almodovar marque un grand coup chez l’ensemble des critiques… Mais malheureusement pas au près ses fans number one (nous, vous l’aurez compris). Loin de demander à Pedro de se cantonner à ne faire que du Pedro, notre passion pour cet homme n’a tout de même pu qu’être déçue. Non pas parce qu’ici les travestis et autres grains de folies manquent, mais parce que la multitude de petits détails almodovaresques, quels qu’ils soient, ne sont tout simplement pas là. Avec Julieta, le fier espagnol nous livre le récit aseptisé de la vie un peu pourrie d’une femme et, d’après ce que l’on nous dit, d’une relation mère-fille. Sauf que, l’histoire de l’héroïne n’est vue et racontée qu’au travers de ses propres yeux et à l’ombre de ses souvenirs, sans jamais être mise en lumière par un élément extérieur. La réflexion sur le cycle est évidente, et presque pesante. Ici aucun élément qui marque l’épanouissement n’est présent et le spectateur assiste à une introspection désenchantée des drames qui ruinent inexorablement une vie. En cela le pari est réussi, Almodovar sait parfaitement illustrer son propos et fait brillament passer le message « l’existence c’est juste ça et c’est un peu de la merde quand même ». Mais la désagréable impression que le film ne se résume qu’à ça est un peu déroutante, surtout lorsque Pedro est derrière la caméra. Sans chercher un happy end à tout prix, la problématique ici réside dans cette rétrospective qui tourne à vide et qui, même des années plus tard, n’apporte rien de plus à la réflexion de l’héroïne semblant plus victime qu’actrice de son existence.

 

 

Voilà pourquoi même si les intentions sont claires et évidentes, Julieta manque cruellement de vie (un comble lorsque l’on parle d’Almodovar) et en devient presque plat. La relation mère-fille tant ovationnée est certes présente, mais encore une fois uniquement au travers des yeux de la mère. Beaucoup de pistes et de mystères sont lâchés ça et là sans que jamais aucunes explications ne soient données, sans que le récit ne soit jamais alimenté. La présence fantomatique de la fille est étrangement traitée puisqu’elle regorge d’interrogations, tout en restant inexpliquée. Le spectateur se demande ainsi jusqu’à la fin si les éléments vont finir par se développer et si l’ensemble de l’histoire va prendre un sens particulier, puisqu’il est question d’explication à en croire les premiers mots de la lettre de Julieta : « je vais tout expliquer ». La déception ne peut être qu’amère dans la mesure où il ne s’agit que de raconter et non d’expliquer, car que se soit dans le film ou dans son message, d’explication il n’y en a pas, tandis que l’idée de culpabilité et de faute – on pourrait presque parler de pêché originel – tourne à plein régime durant les une heure trente neuf de film.

 

Malgré la superbe de l’esthétique épurée, le talent, la beauté et la mise en valeur des acteurs orchestrés par la main du maître incontestée, Julieta retombe un peu comme un soufflé. Car dans cette histoire le manque de partage des points de vue ne peut être que regretté, empêchant ainsi les leitmotivs de la hantise du passé et de la malédiction de prendre tout le sens dramatique qu’on aimerait leur donner.

 

L’avis de Bizard Bizard : allez-y au trot… Parce que c’est Pedro

 

N.B : il est probable que le film soit plus appréciable pour toutes personnes ayant un ou plusieurs enfants à leur actif. (Nous essayons désespérément de trouver une explication…)

 

 

 

 

 

 

 

 

Crédits images: premiere.fr (couverture) – lacroix.fr – avoir-alire.com

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  13 comments for “C’est la mort à la plage – Julieta

  1. 2 juin 2016 at 14 h 11 min

    Oh j’espere ne pas être au déçue que vous !
    J’attends beaucoup de ce film et j’avais lu jusqu’à présent que des louanges !
    Mais bon quoi qu’il arrive il faudra que je le visionne car c’est quand même … Pedro !
    Merci en tout cas de ton avis très éclairant !

    • 2 juin 2016 at 14 h 11 min

      aussi déçue*

    • Z.
      8 juin 2016 at 22 h 28 min

      J’espère aussi que tu ne seras pas déçue… Après je garde quand même bonne espoir! Jusqu’à présent je n’ai pas lu ou entendu beaucoup de personnes qui partageait mon avis (bien qu’à chaque fois ils le comprennent…) Et comme tu le dis si bien c’est Pedro et comme nous avons prêté allégeance à ce roi espagnol, tu te dois de le voir haha!

  2. 26 mai 2016 at 23 h 32 min

    J’ai beaucoup aimé ce film même si je le trouve imparfait, étant donné qu’il est un peu trop explicatif – Pedro aurait dû laisser encore plus les images parler d’elles-mêmes surtout qu’elles sont suffisamment significatives (même si la voix-off m’a paru intéressante à sa façon). J’ai en tout cas été sensible au traitement des différents thèmes.

    • Z.
      28 mai 2016 at 20 h 31 min

      C’est exactement ça! Pedro n’a pas laissé parler les images d’elles mêmes, alors que Dieu sait que c’est sa spécialité. Je pense que c’est la raison principale pour laquelle je n’ai pas réussi à éprouver quelque chose durant le film. Comme toujours il s’agit d’une oeuvre intelligente, mais pour ma part, le baromètre de l’émotion est malheureusement resté à zéro…

  3. 26 mai 2016 at 15 h 33 min

    Moi j’avoue que ma période préférée de Pedro, c’est la folie en colorama et avec Victoria Abril. Du coup, même si j’aime bien ses mélos depuis quelques années, ils me plaisent toujours moins que ces films pleins de vie. Du coup, même si je pense que j’irai le voir quand même (Pedro, ça reste Pedro), je ne m’attend pas à un coup d’éclat. Ton article, semble bien confirmer cette idée. Et en tant que fille indigne qui n’a toujours pas préparé de cadeau de fête des mères, je ne fais probablement pas partie de la cible de ce film, apparemment!

    • Z.
      26 mai 2016 at 20 h 02 min

      Et bien c’est exactement pareil pour moi! La période fin années 80 début 90 de Pedro est ma favorite. Sans du tout chercher à comparer ses derniers films, c’est vrai que je trouve que l’homme a une réel génie pour mettre en avant la vie et la folie. Du coup ce Julieta m’a paru peut être un peu trop sage…
      (Sache que je suis une fille tout aussi indigne que toi, je propose qu’on monte une association!)

  4. 25 mai 2016 at 14 h 52 min

    Je veux bien vous croire! Mon Almodovar préféré, c’est La Fleur de mon secret, suivi, allez de Tout sur ma mère, un peu Talons aiguilles, et un peu Parle avec elle. J’ai détesté Volver (le Pedro s’était auto-plagié… tous les ingrédients étaient dans la Fleur de mon secret, flemmard va!): trop d’Almodovar tue le Almodovar, vous avez raison! Depuis, une méfiance légitime…

    • Z.
      25 mai 2016 at 22 h 17 min

      Bah disons que celui là… Pour ma part mes préférés sont Atame! et Femmes au bords de la crise de nerfs, on va dire que j’aime quand Pedro réussit à faire du drame quelque chose d’encore plus dramatique grâce à une légèreté que lui seul sait maîtriser.
      Là la sévérité est présente à tous les plans et à chaque instant et va jusqu’à étouffer la puissance dramatique du film. Conclusion: tristesse de ne pas avoir retrouvé mon cher et tendre…

  5. 24 mai 2016 at 13 h 26 min

    Ah oui, effectivement, le film raconte, mais n’explique pas vraiment. Et en effet, à côté de certains personnages haut en couleur de sa filmo on tombe là plutôt sur de la sobriété.
    Pour autant je ne parviens pas réellement à expliquer, cet Almodovar là ‘ma vraiment émue. Et je n’ai pas d’enfant ^^

    Dommage que vous n’ayez pas été embarqué 🙁

    • Z.
      24 mai 2016 at 19 h 25 min

      Vraiment grand dommage, surtout quand j’ai lu ton article. Ça à l’air d’être super quand on est dedans 🙂

  6. 24 mai 2016 at 12 h 18 min

    J’ai vu la bande-annonce au cinéma (quand je suis allée voir Civil War)(je sais pas qui est le mec qui définit quelles BA passent avant quel film mais ce jour-là, il devait pas avoir les yeux en face des trous). J’ai rien compris. Mais genre vraiment rien du tout.
    Avec ce post, je me dis que finalement, c’était ptêtre voulu qu’on pige rien vu qu’il n’y a pas vraiment de début, de milieu ou de fin. Et puis, de toute façon, y’a pas assez de gens qui se font manger ou qui meurent en criant à côté de trucs qui explosent pour que ça m’intéresse longtemps… 😀

    Contente du retour de Bizard Bizard en tout cas 😉

    • Z.
      24 mai 2016 at 19 h 29 min

      Ravie de te retrouver aussi! 🙂
      Mais clairement, si on est pas dedans et ben… On est vraiment pas dedans. Je n’aurais JAMAIS pensé que ça m’arriverait un jour avec Pedro, mais là, à part pour lui faire honneur, je pense qu’on peut très bien vivre sans aller le voir… Shame on me, mais force est de constater (pour ma part du moins) que c’était pas la foly chez Pedrito.

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