Confessions d’un piranha – Piranha

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Alexandre Aja – 2011

 

 

Avant toute chose, nous voulions préciser que cette interview est le fruit du hasard. Nous ne sommes pas passionnés d’animaux marins et nous n’avons aucune action dans les diverses associations qui se battent pour la protection des piranhas.

Alors que nous nous baladions sur une plage, dont nous tairons le nom, nous fîmes la rencontre de Francis (nous l’appellerons ainsi afin de préserver son anonymat), un piranha allongé sur le sable, tentant de mettre fin à ses jours. D’abord effrayés, nous prîmes nos jambes à notre cou mais notre course fût stoppée par les râles et les gémissements de la pauvre bête, nous suppliant de l’écouter. Francis nous expliquât en quelques minutes qu’il faisait partie de la famille piranha qui inspira l’histoire du film éponyme d’Alexandre Aja. Dans la tourmente de l’agonie, Francis nous dit que sa dernière volonté était de pouvoir raconter à notre espèce les tenants et les aboutissants de ce Bloody Spring Break. Nous lui expliquâmes à notre tour que nous tenions un blog de cinéma et que ses confessions seraient d’un grand intérêt pour nous et pour notre thème Vamos à la Playa. Alors qu’il remerciait le Ciel pour cet ultime cadeau, nous prîmes un papier et un stylo…

 

Francis, présentez-vous et expliquez nous la démarche qui est la vôtre aujourd’hui

Si je me livre à vous aujourd’hui ce n’est pas pour justifier mes actes ni ceux de ma famille. C’est pour vous raconter la vérité.

Cela fait plusieurs années que je me suis muré dans le silence, mais comme vous pouvez le constater, je suis là, sur cette plage, échoué et sans eau, il ne me reste que quelques minutes à vivre.

En 2011, le film Piranha retraçait l’un des plus sombres épisodes de notre histoire (de piranhas). Bien que le récit soit resté fidèle à la réalité, je tenais à vous expliquer pourquoi. Pourquoi le Lake Victoria est devenu, l’espace de quelques heures, le théâtre de ce drame.

Racontez nous comment tout a commencé

Tout a commencé par ce que l’on appelle chez nous « le putsch des jeunes ». Nous vivions reclus sous le lac avec l’interdiction formelle de tenter de remonter à la surface de la Terre, et cela, depuis des millénaires. Mais ma génération n’était pas la même. Curieux, cultivés, rebelles, nous décidâmes qu’il était temps d’en finir avec ce système archaïque et de trouver une solution pour s’ouvrir au monde. Après des jours de manifestations, de combats, de barricades faites de plancton, d’incarcérations dans le corail pénitentiaire, de rixes et de protestations, la chance nous sourit enfin. Un séisme fit trembler la terre et notre monde. Le Plafond Roi (celui qui nous séparait du reste du lac) s’écroulât. C’est à la vitesse de requins que tous mes cousins et moi même réussîmes à nous échapper pour rejoindre la Surface.

Et que s’est-il passé après ?

(Francis déglutit avec difficulté) Nous étions perdus, fous de joie, ivres de liberté et affamés… Comprenez nous, nous n’avions pas d’expérience, nous venions d’inscrire un grand jour dans notre histoire, nous ne savions pas ce que nous faisions…

Développez Francis, je vous en prie

Oui, oui nous avons mangé ce pêcheur. Mais nous avions tellement faim ! J’ai essayé de contacter sa femme par la suite, pour lui transmettre mes condoléances et lui offrir quelques carpes, bien que je sais qu’un bon festin n’a jamais fait revenir personne… (Pleurs) Et ce pauvre plongeur que nous avons massacré… Si vous saviez comme je suis désolé…

Nous nous arrêtâmes quelques minutes afin de laisser Francis se reprendre tout en l’aspergeant d’eau afin qu’il puisse terminer « l’interview de l’absolution » comme il a lui même baptisé.

Francis, parlez nous de votre rapport aux enfants

On les adore ! Nous n’avons jamais voulu leur faire du mal. J’en veux pour preuve ce moment où l’on voit les pieds de la petite fille dans l’eau, personne n’a jamais voulu les manger. Ce n’est que lorsque la petite s’est coupée que ma cousine Betshabée, s’est ruée vers elle. Je tiens à vous préciser que Betshabée est sujette à de graves troubles de l’alimentation depuis sa plus tendre enfance, si vous voyez ce que je veux dire… Ma cousine est malade, ce n’est pas un monstre.

Alors comment expliquez vous le fait que vous ayez essayé de les manger alors qu’eux et leur famille tentaient de rejoindre leur bateau pendus à une corde ?

Je m’attendais à cette question. C’est un malentendu ! Nous n’avons jamais essayé de les manger, nous voulions simplement jouer avec eux ! Mon cousin Bernie a eu, c’est vrai, une attitude peu défendable en essayant d’attraper les cheveux de cette actrice de charme, mais c’était simplement car il ambitionnait de devenir coloriste. Il cherchait juste à voir de plus près ce balayage qu’il a lui même qualifié « d’œuvre d’art capillaire ». Cher cousin Bernie… Vous l’auriez adoré si vous l’aviez connu, maladroit certes, mais d’une gentillesse et d’une générosité sans bornes.

Et en ce qui concerne les jeunes adultes humains ? Quels étaient vos sentiments ?

On les aimait moins que les enfants c’est sûr, mais nous n’avions rien contre eux non plus. Nous avions juste faim ! Et puis il y avait ce Spring Break, certains de mes cousins ont été extrêmement vexés de ne pas avoir été invités, ils ont voulu y participer coûte que coûte et puis quand ils ont constaté qu’ils n’étaient pas les bienvenus, et bien… ça a dérapé.

Vous avez fait beaucoup de morts lors de ce Spring Break, dont certains membres des forces de police

Je sais bien. Mais pour notre défense, si ce shérif n’avait pas fait le kakou en tentant de nous assassiner avec un moteur de zodiac, je vous jure que l’on n’en serait pas arrivé à de telles extrémités.

J’aimerai à présent que l’on revienne sur l’épisode de la subtilisation de pénis

(Rires) Je vais vous dire quelque chose, il ne l’a pas volé celui là ! Nous n’avons rien contre l’industrie du porno, par contre nous sommes de fervents militants des droits des femmes. Ainsi le terme « pouffe volante » ou autre « soupe de nibards » sont des expressions que nous condamnons avec une extrême virulence.

Oui mais la « pouffe volante » en question a elle aussi été mangée par vous et votre famille

 C’est… Comment vous appelez ça déjà ? Ah oui, un dommage collatéral.

Où vous trouviez au moment des faits ?

Je suis d’abord allé voir ce qui se passait du côté du Spring Break, mais comme je n’aime pas vraiment la musique hip-hop j’ai préféré rejoindre l’autre partie de mes cousins qui nageait au large des rochers, là où se trouvait le bateau… Ce satané bateau qui a anéanti toute ma famille (pleurs).

Francis, souhaitez vous que nous fassions une pause de quelques minutes ?

Non, non, je n’en ai plus pour longtemps… J’ai dit ce que j’avais à dire…

Vous êtes un survivant, quelles sensations cela procure-t-il ?

De la peine, beaucoup de peine. Je suis seul, depuis des années. Je n’ai plus goût à rien, j’erre dans les bas-fonds de l’océan, j’ai de mauvaises fréquentations, je suis devenu végétarien, mais je bois trop. Je n’ai pas d’amis, pas de famille, simplement des dettes de jeu et mon harmonica, juste là (Francis tend la nageoire pour nous montrer l’harmonica posé à côté de lui).

Comment avez vous survécu à cette tragédie ?

J’ai réussi à échapper au massacre car j’adore les bains de soleil et je me suis donc éloigné pour m’allonger sur la plage, là où les vagues recouvraient encore mon corps. C’est là que le bateau a explosé, c’est là ou tout s’est terminé…

C’est pour cette raison que vous avez décidé de mettre fin à vos jours de cette façon ?

Oui, absolument. J’ai souhaité faire mourir mon corps de la même manière que lorsque mon cœur est mort. Ce jour là je n’ai jamais été sauvé, j’ai été maudit. Et maintenant je m’en vais…

Merci beaucoup pour cette interview Francis

Et c’est dans un dernier souffle que Francis expira, au côté de son harmonica sur cette plage abandonnée baignée de soleil, entouré de coquillages et crustacés (évidemment).

Crédits images: mad-movies.com (couverture) – mrmoviefilmblog.com – kpbs.org – somecamerunning.typead.com – hdnumerique.com – melty.fr

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  8 comments for “Confessions d’un piranha – Piranha

  1. 11 septembre 2016 at 13 h 54 min

    Waouh je découvre votre blog et je dois dire qu’il a le mérite de présenter un contenu totalement dingue et original ^^ J’adore !

    • Z.
      11 septembre 2016 at 16 h 50 min

      Merci beaucoup! Ça me fait très plaisir 🙂

  2. 25 août 2016 at 10 h 03 min

    Je suis bouleversée. Merci de faire la lumière sur ce terrible drame et d’avoir donné la parole à ce poisson moribond qui n’attendait que l’absolution.
    Sinon, tout à fait sérieusement, ce texte tient du génie, ni plus ni moins.

    • Z.
      25 août 2016 at 11 h 57 min

      MERCI BEAUCOUP!!! Ca me fait super plaisir!
      Et Francis, si il nous entend, te remercies du fond du coeur pour l’attention que tu as prêté à sa dernière confession…

  3. 24 août 2016 at 23 h 15 min

    Ahahah je me suis bien marrée !!! 😀
    Il faudrait que je découvre ce film ça a l’air bien fun dans son genre !

    • Z.
      25 août 2016 at 11 h 56 min

      Ravie que cela t’ai fait rire 🙂
      Mais franchement c’est très rigolo comme film, bien gore, bien cynique, bien summer quoi!

  4. 24 août 2016 at 10 h 31 min

    Ha ha, très bien écrit x)
    Bonne journée !

    • Z.
      24 août 2016 at 12 h 16 min

      Merci beaucoup! Bonne journée à toi!

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