Coup de foudre à Harlem – Luke Cage

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13 épisodes (50 min)                                 Créateurs : Cheo Hodari Coker

Chaîne d’origine : Netflix                         Diffusion : 30 septembre 2016

Avec : Mike Colter, Simone Missick, Rosario Dawson, Theo Rossi, Mahershala Ali, Alfre Woodard

L’amour à ses raisons que la raison comprend des fois

 

Après avoir servi de cobaye à une clique de sombres scientifiques en prison, Carl Lucas est devenu un homme surpuissant. Cherchant à enterrer le passé, le malheureux super-héros décide de se rebaptiser et de se refaire une santé à Harlem afin d’oublier ce trouble passé. Mais lorsqu’injustices, meurtres et terreur s’abattent sur le quotidien de ses voisins, l’homme à capuche et à la peau imperméable aux balles sort de sa pudique retraite pour en découdre avec la bande de gangsters qui ose répandre le malheur comme l’on fait pousser des fleurs…

Notre rencontre avec Luke Cage ne fût pas « un peu comme un coup », elle en fût un. Loin d’être préparé à cela – car les super héros ça n’est pas vraiment notre dada (team Batman forever) – et à l’image de cette sensation mystique, la chaleur de l’amour a enveloppé notre cœur avec une évidence déconcertante. Comme ça, sans que l’on sache tout de suite pourquoi. Ô comme l’étonnement fût grand. Ô comme les premières minutes d’ouverture furent délicieuses. Comme lorsque l’on trouve l’être parfait, nos mains se sont jointes et une expression de béatitude a illuminé notre visage durant treize épisodes.

Mais dans notre passion aveugle, notre docte professionnalisme (la décence nous empêche de reproduire un smiley absurde) a su se frayer un chemin sur la piste de danse occupée par notre âme valsant avec la félicité. Bien décidé à expliquer l’inexplicable, c’est à l’aide de trois titres présents dans la superbe B.O que nous vous exposeront les quelques éléments à l’origine de ce coup de foudre, en automne, à Harlem (Dieu que c’est romantique).

 » Stop and look, and you have find love « .

Dans un monde qui compte presque plus de séries que d’êtres humains, les codes de l’amour ont changé. Écrasé par une avalanche d’histoires plus rocambolesques les unes que les autres, le spectateur est obligé de développer tous ses sens et, de par une offre qui ne cesse d’être de plus en plus généreuse, ne peut plus se contenter d’un bon vieux récit à rebondissements avec des personnages attachants. Désormais, pour que le radar de l’amour s’allume il faut qu’il y ai une histoire, des personnages, mais surtout, une ambiance. Avec le choix multiple qui se présente à nous, l’une, voir la chose, qui nous fait apprécier une série et nous donne envie de cliquer sur le prochain épisode, et bien c’est tout simplement l’envie de retrouver une atmosphère particulière.

Retrouver Luke Cage c’est comme retrouver la maison de sa grand-mère. L’histoire est ce qu’elle est, le scénario est bien fait mais il est tout à fait possible de vivre sans savoir ce que réserve le prochain épisode. Par contre, rester plusieurs heures loin de Harlem paraît insurmontable. Le cœur se déchire à chaque au revoir, et l’attente jusqu’au soir est une épreuve pour les nerfs. Pénétrer dans l’univers de M.Cage c’est la promesse immédiate de l’aimer. Faisant progresser le récit au rythme lent et suave des sons de la soul, le netflixien se voit ensorcelé par ce quartier et ses habitants. Dans cette résurrection de la Blaxploitation, qui pourrait peut-être frôler le too much pour certains, beauté et séduction s’entremêlent pour vous faire tourner la tête, créant le manque et l’addiction.

Esthétiquement parfaitement réussie, la série offre autant de cadrages millimétrés et de couleurs chaudes, mettant en scène avec prestance les costumes et les décors. Soulignant le manichéisme ambiant de façon lisible – lumière claire et violente pour la rue, sombre et douce pour la richesse bien mal acquise – sans que cela n’ai l’air ridicule, Luke Cage sait s’inspirer et inspirer.

Comme dans toutes fables super héroïques, ici la temporalité est flou, mais le cadre ne l’est pas du tout. Tout laisse à supposer que l’histoire se déroule dans le monde actuel sans pour autant jamais appuyer sur des détails de contextualisation. Ainsi, le spectateur retrouve un univers aussi précis dans la géolocalisation que peu défini dans son temps, et avance dans ce pseudo flou comme dans un rêve merveilleux. Le paradoxe entre le « spatio » et le « temporel » appuyé par la diversité de courants musicaux confère à Luke Cage une dimension onirique offrant une contemporanéité teintée de nostalgie, qui ferait tomber amoureux n’importe qui.

Stop and look and you have find love…

 » People make the world go round « .

Le lyrisme de l’ambiance et la passion dévorante de notre amour n’aurait pu atteindre ce stade extatique si ils n’étaient pas là. Ils, se sont évidemment les personnages. Ce sont eux qui ont su faire tomber la barrière de la méfiance, eux qui ont su faire oublier le « Marvel » eux qui sont ou vont devenir votre famille. L’intelligence de la série s’exprime au travers du traitement de ces protagonistes dans un univers de super-héros. Travaillant sur l’humanité et axant leurs caractères sur leur sensibilité, Luke Cage présente une farandole de personnages réellement humain en s’attachant à leurs faiblesses et leurs traumatismes. Ne balayant pas leur psychologie du revers du poing, la série utilise flashbacks et conversation sur le divan (sans qu’ils ne soient véritablement sur un divan, vous l’aurez compris) pour donner toute l’ampleur à ses protagonistes. Bien sûr la ligne entre les bons et mes méchants est marteau-piquée dans le marbre, et pourtant rien n’est ridicule et la désagréable sensation de surenchère ne se fait jamais sentir. En donnant carte blanche à l’expression psychologique des personnages, la série réussie à nuancer et atténuer le manichéisme qu’elle se doit de respecter.

Les (très bons) acteurs incarnent avec finesse leur rôle sans jamais tomber dans les travers de la surinterprétation. On pensera notamment à Mahershala Ali qui raccroche son costume de politicien (House of Cards) pour endosser celui du vilain Cottonmouth avec grâce et délicatesse, laissant échapper la froide et machiavélique autorité de chaque pores de son corps. Ou encore à Simone Missick qui arrive à elle seule à être le sweet et tuff cop, avec un jeu qui donne autant envie de la gifler que de lui faire des petites caresses dans les cheveux. Alfre Woodard et Rosario Dawson ne sont pas en reste, incarnant respectivement et avec talent une froide politicienne avide de pouvoir et une médecin aussi douce que violente.

Ainsi, les personnages veillent au bout déroulement des épisodes, et prouvent bien que People make the world go round.

« Good Man « .

Mais qu’est ce qu’une série sans héros ? Une série sans héros, certes, mais avec un petit quelque chose en chose en moins, surtout lorsqu’il s’agit d’une histoire de super héros.

Nous voici enfin toucher le nerf de la guerre et le coup de génie de Luke Cage. Contrairement à ses collègues super-héros, notre cher Luke est un homme, légèrement transformé, mais un homme. En proie à sa tristesse et victime de son lourd passé, le super-héros, comme les autres personnages, est présenté sous sa forme la plus humaine. C’est à regret qu’il utilise son corps gilet pare balles et qu’il se trouve dans l’obligation de montrer tous ses talents. La série se sert de ses pouvoirs avec parcimonie et cherche avant tout à mettre en avant un protagoniste dont le coté fantastique n’est qu’une forme d’exacerbation des émotions humaines. Comme Batman (we love you), Luke Cage est un être humain traumatisé qui cherche à régler ses comptes et à panser ses plaies, en choisissant le déni et l’oubli. Ces treize épisodes s’évertuent à démontrer à quel point il est impossible de laisser son passé sur le bas côté, et, qu’une addition doit bien finir par se régler. Ainsi, il s’agit plus d’une confrontation avec son être et ce qu’il s’est passé que d’une bataille entre le bien et le mal qui nous est présentée.

Comme toute bonne histoire de super-héros qui se respecte, la série n’omet pas d’invoquer la mythologie et nous sort un petit reboot de Caïn et Abel de derrière les fagots. Ce mythe a une importance particulière dans la mesure où il s’agit d’un fratricide on ne peut plus humain, provoquer par le plus vil des sentiments terriens : la jalousie. Un sentiment qui jalonne la série, éprouvé par tous les personnages, sauf par notre « petit » Luke. Ainsi Luke Cage met de côté le « super » pour se concentrer sur le héros et ses faiblesses, mais aussi sa force d’homme, n’invoquant bastonnades et corrections fantastiques qu’à certains moments.

Mike Colter nous livre une performance brute en décoffrage, sachant donner vit à son rôle en dosant savamment mutisme et mélancolie. Aider par ses camarades il fait de Luke Cage a Good Man on ne peut plus attachant et participe avec brio à mener l’empathie à son paroxysme.

Voilà. Si vous aussi vous rêvez de vivre un amour à images mouvantes avec un homme super sur fond social et rythme soul, vous savez ce qu’il vous reste à faire…

 

 

 Afin d’allier le texte aux chansons…

Crédits images: slate.com (couverture) – ecranlarge.com – ecranlarge.com – colider.com – gamespot.com

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  2 comments for “Coup de foudre à Harlem – Luke Cage

  1. 6 novembre 2016 at 9 h 48 min

    Déjà, j’avais vraiment beaucoup aimé Jessica Jones pour son anti-héroïne formidable et son super méchant super gâté. Mais quand j’avais vu son love interest, je n’avais pu réprimer un « Oh la bougresse! »
    Autant te dire que j’ai très envie de découvrir Luke Cage (mais faut d’abord que je finisse la nouvelle saison de Black Mirror qui est aussi bien que les autres, donc très très très bien)

    • Z.
      6 novembre 2016 at 13 h 45 min

      Et bien il faut absolument que je regarde Jessica Jones, mauvais élève que je suis.
      J’attend ton avis sur Luke (mon mari) avec impatiente.

      P.S: il faut que je regarde Black Mirror aussi, I’m such a badgirl…

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