Dominicalement Vôtre – Black Swan

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Darren Aronofsky – 2011

 

 

Diffusion dimanche 11 décembre, 20h55, Numéro 23.

 

On vous parle souvent du dimanche détente, du dimanche plaid et gueule de bois, du dimanche au guidon absent. Mais de temps en temps le dimanche peut être un jour de challenges et de défis, un jour où la folie du courage s’empare de notre esprit sauvage et le dompte jusqu’à l’inconscience. Le dimanche peut être un jour où l’on est prêt à faire face à soi même et à son passé, un jour où la prudence de plusieurs années est échangée contre la démence d’un coup de tête. Bref, ce dimanche sera celui où nous avons osé regarder Black Swan alors que nous avions admirablement et scrupuleusement esquivé ce film depuis sa sortie.

Après des années d’attente et de meurtrissures au pieds, Nina (Nathalie Portman), danseuse au sein du New-York City Ballet dirigé par un lascif français (Vincent Cassel), finit enfin par obtenir le rôle principal du Lac des Cygnes. Alors qu’elle pensait pouvoir festoyer le cœur léger avec sa maman tarée, Nina se voit peu à peu sombrée dans la folie et étranglée par une nouvelle rivalité. À mesure que les pas de bourrés l’entraînent vers le jour de la gloire et du succès, les hallucinations se multiplient et la «evil twin » qui sommeillait en elle compte bien être de la partie…

Notre rapport à Black Swan est comparable à celui que nous avions eu au Père Noël lorsque l’on a commencé à comprendre que ceci était une vaste fumisterie : on appelle ça ne pas vouloir voir la vérité en face. Si nous avions jusque là fait fi de l’existence de ce film, conforté par l’idée très noire que nous nous en faisions, la sagesse de l’âge nous a tout de même poussée à la raison et à l’inévitable argument « pour savoir que l’habit fait le moine il te faut voir l’habit et le moine (jeune padawan) ». C’est ainsi que nous avons pris notre courage entre nos deux mains fébriles et que, le souffle court, nous avons chaussé lunettes de vue et chaussons de danse.

Et… Et bien c’était exactement comme on le pensait ! Le saint patron du drame halluciné a encore frappé, mais cette fois bien à côté. Loin de Requiem for a Dream ou du sympathiquement douteux The Wrestler, l’entrée dans le monde du ballet d’Aronofsky est loin de devoir être applaudit, en tant que chef d’œuvre. La réalisation tout en image saccadées et en caméra hyperactive faisant la part belle aux couleurs froides et tranchées vient souligner son appartenance à la filmographie de son réalisateur. Mais là où le bât blesse c’est qu’avec Black Swan Darren nous livre un long-métrage d’une finesse aux antipodes de celui d’un cygne. Comme les grosses vignettes colorées qui servent à faire comprendre les choses de la vie aux enfants, le film exprime les sentiments à grands coups de clichés et d’images olé-olé. C’est avec une facilité absurde et déconcertante que le chef d’orchestre de ce projet nous offre du scandale semi trashou, qui n’a de but que de marquer les esprits et de démonter un système manichéen dont à notre époque il ne reste plus rien (sauf aux Etats-Unis visiblement). Facile, le français sexy et libidineux. Facile, la dépravation du pauvre gentil petit cygne par le sexe, le sang et… ouuuuuh par une fille qui lui fait des bisous….Facile, de construire son histoire sur une dualité puto-madonesque où la jolie danseuse classique se voit happer dans les méandres de l’ambition et de la perfection, réveillant la jumelle diabolique enfouie en elle qui n’attendait que de pouvoir s’adonner à des pirouettes maléfiques.

Vous l’aurez compris, facile est le mot, ce qui est fort regrettable au vu du potentiel de l’histoire. Si seulement l’accent avait été plus mis sur l’affreuse maman et sur les relations entre les gens… Si seulement Darren avait pris la peine de prendre sa pelle et de creuser la personnalité de son personnage… Si seulement il avait compris qu’il tenait là un récit sombre qui n’avait pas besoin d’être sali par un excès de noirceur puéril… Avec des si on refait certes le monde, mais si seulement Darren avait pris un peu plus le temps, toute cette foire au scandale encollantée lui aurait été pardonnée sans que l’on aille penser que ces « images chocs » ne sont là que pour choquer et remplir le vide qu’il n’a pas voulu combler.

En conclusion, l’habit fait parfois bien le moine et un pur film américain (dans le sens négatif du terme, cela s’entend) est Black Swan. Mais, pour ceux en manque de musique classique, de Nathalie Portman, de Vincent Cassel ou de manichéisme fusillé à l’américaine, Darren vous attend gentiment sur le canal 23 de la T.N.T.

 

 

Crédit images: films-horreur.com (couverture) – lebleudumiroir.fr – dhc-art.com

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