Dominicalement Vôtre – Starbuck

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Ken Scott 2011

 

 

Diffusion dimanche 6 novembre, 20h30, LCP/Public Sénat.

 

LCP/Public Sénat. Des mots qui font peur, des mots qui font mal, surtout pour une soirée dominicale. Vous qui pensiez que cette chaine de télévision ne se contentait que de diffuser l’Assemblée Nationale en boucle et de très bons reportages sur la misère du monde, détrompez vous. De temps à autre le canal 14 se permet de petites folies et vous propose des films aussi. Oh bien sûr, ça n’est jamais gratuit et les problématiques sociétales pointent toujours le bout de leur nez à un moment donné… Mais, fiction il y a.

Ainsi, pour ceux qui aurait loupé le coche en juillet 2011, Bizard Bizard vous propose de braver vos peurs télévisuelles et de vous plonger dans le très québécois Starbuck.

 

À quarante ans, David vit comme si il en avait quinze. Fuyant toutes responsabilités, l’ado retardé travail dans la boucherie familiale et dépense son salaire comme de l’argent de poche. Mais lorsque sa petite amie lui annonce qu’elle est enceinte et la télévision qu’il est le père de 533 enfants – nés grâce à ses donations de spermes quasi industrielle vingt ans plus tôt – David se voit peu à peu obligé de se recadrer… Décider à aller à la rencontre anonyme de ses enfants, le père ignorant fait ses classes parentales et apprend le métier en attendant la venue de son futur bébé…

Avec une idée de base drôle et originale, une pluie de bonnes critiques, et des récompenses à foison ; nous avions toutes les raisons de penser que nos cousins au langage Louis quatorzien pimpé saurait nous séduire et nous divertir. Mais comme chacun sait, les voies du Seigneur sot impénétrables, et le Très Haut avait des dessins bien différents pour sa propre soirée…

Nous n’irons pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un mauvais film, d’une torture cinématographique ou d’un chalumeau pour l’œil humain, mais juste d’une déception qui conclut ces deux heures par un sentiment de perplexité fort bien élevé. Pourtant, Starbuck offre un début plutôt sympathique. Avec un joli générique présentant de façon assez ludique le personnage principal et des premières scènes qui font sourire, le spectateur prend pour acquise la notion de bonheur et se plonge rapidement dans l’histoire. Cette sorte de réflexion sur la paternité, où ce ne sont pas les parents qu’on ne choisit pas mais les enfants, enchaine des séquences amusantes disséquant les émotions et le devoir parentales au travers de la rencontre avec ses enfants qu’il ne connaît pas. Grâce à chacun d’eux, David et son public vivent la fierté, la peur, la joie, l’envie d’aider, de pousser le bambin à aller (tout) au bout de ses rêves (là où la raison s’achève) ou au contraire le besoin de le recentrer.

Mais malheureusement, comme pour les rêves, c’est la où la raison s’achève. Après ces quarante minutes gentiment rafraîchissantes, ce feel good movie se débarrasse de son « feel » et laisse s’insinuer dans l’esprit du spectateur le mot le plus blasphématoire qui soit pour un film de ce genre : stéréotype. Et là… et bah patatra. Après ces rencontres en bonne et due forme, l’intérêt pour l’histoire se perd au bénéfice d’un constat de toutes les choses qui ne vont pas. On réalise petit à petit à quel point chacun des personnages est d’un cliché sans nom – la droguée, le musicien raté, l’handicapé, l’homosexuel – mais surtout à quel point ils ne se résument qu’à cela sans que le récit ou la nuance psychologique viennent atténuer cette tare (principe de base de tout bon feel good movie qui se respecte). Sans plus d’émotion le spectateur traverse le film, bien trop long pour ce qu’il est, assaillit par un tsunami de bons sentiments, nageant la brasse dans cette océan de mièvrerie. Le manque d’ironie se fait cruellement sentir et met l’observateur dans l’obligation de se plonger dans le dictionnaire pour se remémorer la définition du mot corrosif. Le propos, pourtant si intéressant, sur l’identité est balayé par des campings au bord du lac et un sous texte qui ne sait rester discrètement à sa place, hurlant « vive la vie », « vive l’amouuuuuuur », au même titre qu’un bon petit film des familles made in Hollywood.

Malgré de bons acteurs, le terrible pied de nez fait à la réflexion et à la définition de feel good movie fait de Starbuck un film finalement pas si intéressant et pas franchement divertissant. Vous ne perdrez pas votre soirée, car les goûts et les couleurs ne se discutent pas, et qui sait, peut-être que le charme québécois saura vous séduire et vous emmenez là où nous n’avons pas réussi à aller…

Ou pas.

Crédits images: frostmagazine.com (couverture) – shockya.com – myscreen.fr

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  6 comments for “Dominicalement Vôtre – Starbuck

  1. Girlie cinéphilie
    10 novembre 2016 at 18 h 32 min

    Aie fil fort you, comme on dit! Il y a toujours pire qu’un mauvais film: un film décevant! Y’a rien de plus frustrant. Rien que pour m’éviter ce déchirement, je ne verrais pas ce film aux allures prometteuses qu’un Roch Voisine

    • Z.
      14 novembre 2016 at 20 h 13 min

      Je pense, cela n’est que mon avis de compagnonne blogueuse,que tu fais un bon choix. Vraiment, ce film était… DEGOULINANT de bons sentiments, et ça, ça, ça fait mal.

  2. 8 novembre 2016 at 9 h 52 min

    Oh mon Dieu. Je vivais à Montréal quand ce film est sorti en salles. C’était… effrayant. même la bande-annonce n’était pas drôle. Un film drôle pas drôle sur un sujet, disons, limite, au pays de Juste pour rire? Mais voyons donc!

    • Z.
      8 novembre 2016 at 20 h 56 min

      Hahahaha, j’adore ta syntaxe!
      J’ai trouvé qu’il y avait un problème d’équilibre, comme tu dis le soucis du drôle-pas-drôle avec un sujet comme cela. Faire de cette histoire un feel good movie qui finalement ne m’a pas touché et pas fait rire plus que ça… Il y’a un manque cruel d’ironie, ou de drame, en tout cas d’un parti pris.

  3. 7 novembre 2016 at 23 h 55 min

    Ooooh nooooon t’as pas aimé ce film 🙁 Je comprends les arguments mais en salle, le film m’avait fait un de ces effets. J’avais trouvé le film très rafraîchissant, drôle, émouvant (oui j’ai pleuré 😀 ).

    • Z.
      8 novembre 2016 at 20 h 53 min

      Ah mais écoutes je suis la première à être surprise, je pensais vraiment que j’allais aimé. Le bon sentiments était un peu trop présent, et du coup j’ai trouvé que l’histoire en devenait mièvre. Vraiment dommage, parce qu’avec un pitch comme ça ça aurait pu être génial, avec un peu de sarcasme en plus.

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