Troupe d’élite – La loi du capitao Nascimento ou comment « protéger le sommeil du Pape »

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 Troupe d’élite, Jose Padilha, 2007

 

 

 Rio de Janeiro, 1997. À la veille de la visite du Pape Jean-Paul II, le gouvernement brésilien tient a assurer une sécurité maximale pour la venue de son Éminence et met en place une opération de pacification des favelas. Le capitao Nascimento, l’un des capitaines du BOPE – troupe d’élite de la police militaire- doit diriger une des unités chargées de mener à bien « la mission Pape ».

Seulement voilà, Nascimento a plus envie d’assurer la sécurité de son fils qui s’apprête à naître que celle de Jean-Paul II. Usé et fatigué après des années à risquer sa vie, à torturer, à tuer et à rétablir l’ordre dans les favelas, notre capitaine ne rêve plus que d’une chose : trouver un remplaçant digne de lui afin de pouponner en paix.

À ce stade il est temps que vous sachiez que chercher une aiguille dans une botte de foin resterait encore une activité plus simple. Les prétendants au poste de capitaine du BOPE comprendront à leurs dépens que pour réussir il n’y a pas trente six mille alternatives, car dans ce métier, l’hésitation n’existe pas et la survie ne dépend que d’une loi.

C’est en suivant le parcours de Neto et Matias et en écoutant la douce voix du capitao que le jour se fera sur le pourquoi du comment de la loi de Nascimento.

Après ce petit résumé vous avez certainement du comprendre qui ne s’agit pas de l’emploi le plus détente qui soit et que les membres du BOPE ne sont pas des enfants de cœur. Il est maintenant l’heure de savoir pourquoi.

Dans un pays où la corruption règne en maitresse toute puissante, faire appliquer la loi et améliorer la vie et la sécurité des habitants est une chose presque devenue impossible. Les policiers, sous payés, s’associent souvent avec les malfrats afin d’obtenir la paix et l’argent, ne cherchant plus du tout à appliquer la loi afin de maintenir un ordre, quel qu’il soit, du moment qui leur est profitable.

Voilà pourquoi les deux jeunes policiers Neto, impulsif et courageux, et Matias, prudent et intelligent, décident d’intégrer les rangs du BOPE. Lassés par ce « système » avec lequel ils ne sont pas d’accord, les deux amis ne voient plus que cette solution afin de pouvoir continuer à exercer ce métier avec intégrité, en son sens le plus primaire.

Dans ce climat où magouilles et arrangements font la pluie et le beau temps, Neto et Matias comprendront que pour le capitaine Nascimento la demi mesure n’existe pas (vraiment pas) pour faire régner la loi. Pour lui, qu’ils s’agissent des forces de l’ordre, de petits étudiants bourgeois fumeurs de joints ou d’hommes politiques, tous méritent la mort ou la prison à partir du moment où ils aident le narcotrafic à prospérer (voyez un peu l’étendu de la non demi mesure). Ainsi, pour le capitao si Neto et Matias refusent de tomber dans la corruption, ils n’ont plus qu’une seule option : celle d’entrer en guerre.

Et c’est bien de guerre dont il s’agit ici. Dans une ville où l’équilibre repose « entre les munitions des truands et la corruption des policiers », l’honnêteté à un prix et un clan, celui du BOPE, prônant des méthodes plus que musclées pour maintenir l’ordre, le « vrai ». Cette faction armée de la police militaire vêtue de noir et dont le logo est une tête de mort (on ne peut pas renvoyer un message plus clair) se démarque de la police en refusant le compromis et en répliquant encore plus violemment que les narcotrafiquants eux-mêmes : assassinat, brutalité et torture. Pour prétendre à l’uniforme noir, les nouvelles recrues doivent en passer par un stage d’une violence et d’une cruauté inouïes afin de se préparer à cette guerre à laquelle ils doivent donner un sens. (Vous imaginez bien que pour devenir le roi de la stratégie, canarder à tout va, ou torturer si besoin est, l’entrainement est de rigueur alors que l’hésitation et les sentiments ne doivent plus qu’être un lointain souvenir.) Car d’après la loi de Nascimento il n’y a plus qu’en soignant le mal par le mal qu’un semblant d’ordre peut être respecté et que les favelas soient  » pacifiées  » afin que le sommeil du Pape soit protégé.

En conclusion Troupe d’élite est un cocktail explosif mêlant drame et action tout en dénonçant un système qui pourri sur lui même. Bien qu’il s’agisse d’un sujet lourd et alarmant c’est non sans humour que le film traite son affaire. C’est par le biais de scènes particulièrement drôles et grotesques, mais surtout grâce à la voix-off de Nascimento que l’on voit comment ce système sert l’individu au détriment de la communauté et pourquoi le capitao n’obéit plus qu’a la loi du BOPE – manichéenne et sans pitié- devenue sienne.

La loi de Nascimento en image

Crédits images: t411.io

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