Le double tranchant – Love

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10 épisodes (30 min)                     Créateurs : Judd Apatow, Paul Rust, Lesley Arfin

Chaine d’origine : Netflix           Diffusion : 19 Février 2016

Avec ; Gillian Jacobs, Paul Rust, Claudia O’Doherty, Brett Gelman

Quand Judd Apatow parle d’amour pour Netflix…

 

Il y  a ceux qui disent oui, d’autres qui disent non (comme dans la chanson) et il y en a certains, comme nous, qui disent oui et non.

Lorsque le pape de la comédie américaine met en scène deux trentenaires paumés dans les méandres de la vie et de l’amour, doublé d’une relation pseudo-impossible, force est de constater que les qualités sont autant de défauts et les défauts autant de qualités. Avec Love, nous avons vécu l’amour impossible avec une série et nous allons vous expliquer pourquoi façon Oui-Non.

 

L’ambiance.

L’atmosphère est un point essentiel de l’ambivalence de la série. On y retrouve ce qui est cher à Judd Apatow, soit des personnages perdus dans l’immensité de Los Angeles, où la technologie règne en maîtresse sur leurs vies de faux losers décalés. Cette tragi-comédie existentielle rend Love aussi amusant que déprimant sans qu’aucune de ces deux émotions ne prennent jamais le dessus. Le résultat étant une douce mélancolie rendant le spectateur ni triste ni joyeux et matérialisant le « Oui-Non » à la perfection.

Les personnages.

Si l’ambiance est un témoin constructif du « Oui-Non » et laisse une sensation agréable au spectateur, il n’en va pas de même pour les personnages. Pourtant interprétés par deux excellents acteurs – Gillian Jacobs et Paul Rust – Mickey et Gus ne sont pas forcément les gens que l’on inviterait pour un sweet thirty. Alors que les oppositions créent un certain équilibre quant à l’atmosphère de la série, les contradictions psychologiques des personnages ne réussissent pas à trouver le chemin de la justesse. Bien que l’on comprenne l’idée de défeuiller, telle la laitue, les multiples couches émotionnelles des deux héros pour arriver au cœur de ce qu’ils sont, il s’avère que dix épisodes ne suffisent pas. Leur mentalité n’est exprimée qu’au travers de brutales sautes d’humeur qui n’ont pas forcément de queue ni de tête, laissant le netspectateur découvrir le dessous de ces personnalités sans emprunter la route linéaire du cause-conséquence. On comprend, certes, mais sans que cela soit particulièrement bien fait: au lieu de sentir l’amour grandir dans notre cœur, Mickey et Gus deviennent des personnages pathétiques et énervants. Le fait d’avoir voulu parler de paumés de trente ans victimes d’un passé rempli par les déboires émotionnels est compréhensible seulement dans l’idée, car les images ne montrent que deux adolescents de quatorze ans ayant l’âge légal de boire et de conduire. Ainsi, le manque de profondeur dans l’écriture des personnages ne permet pas forcément de très bien saisir pourquoi ces deux là font la paire.

Alors Oui car ces protagonistes, sans sortir de l’ordinaire, restent drôles et des fois sympathiques, Non car au fur et à mesure, leurs névroses exaspèrent plus qu’autre chose, les rendant inattachants et d’une certaine façon caricaturaux et sans fond.

L’effet Bollywood.

Si les indiens sont aussi attachés à leur cinéma, c’est pour la simple et bonne raison que celui-ci sait comment les faire rêver en employant les méthodes qu’il faut, soit sublimer la vie quitte à créer des situations irréelles. Les américains sont dotés du même don, à la différence qu’ils parlent le langage international. According to Juddy, Love est censé être une histoire d’amour plus réaliste qui parle de gens comme vous et moi. Erreur fatale mes mignons. Sauf si vous vous retrouvez dans des personnages qui vivent dans le voisinage d’Hollywood, dotés d’immenses maisons et de jobs « pas très intéressants » – précisons qu’il s’agit pour Mickey d’être directrice des programmes d’une radio et pour Gus professeur de baby stars sur une série – vous ne pourrez vous retrouver que dans certaines situations. Le côté irréel n’a jamais, ô grand jamais, présenté un quelconque problème dans une œuvre audiovisuelle, sauf si celle-ci prétend parler de la vie de gens lambda. C’est à ce niveau que Love souffre de l’Effet Bollywood. Plus proche de la vraie vie, certes, mais loin, très très loin, de parler de la vraie vie et aussi crédible que de montrer une étudiante ruinée vivant sur son salaire de caissière à mi-temps dans un 40m2 au cœur du XIXème arrondissement de Paris. Sans dire que de telles personnes ne peuvent exister, il est manifeste que leurs vies et leurs excès sont « coolisés » malgré tous leurs défauts de personnalité. Peut-être était-ce là que tout se jouait – montrer des gens à l’air cool et qui en fait ne le sont absolument pas – mais malheureusement, comme pour les personnages, cela ne fonctionne pas. On ne retient que l’aspect surréaliste des protagonistes et des situations, ce qui en soit n’est pas forcément grave, sauf si l’on pense voir quelque chose qui se rapproche plus de la réalité.

Alors Oui car les américains n’ont pas leur pareil pour faire rêver les spectateurs du monde entier, Non car pour Love cet aspect est censé être hors de propos.

« L’anti-rom-com » mais l’american spirit tout de même

Le sujet épineux de la crédibilité est extrêmement malaisé justement parce qu’il est le fer de lance de la com’ autour de la série. Avec Love, Judd Apatow a voulu raconter une histoire d’amour à l’opposé des comédies romantiques américaine, et il a réussi… de la manière la plus américaine qui soit. Bien que l’on soit loin de 27 Robes, Valentine’s Day et autre New Years Eve, le American spirit est pourtant bien présent. Il est vrai que faire la nique aux comédies romantiques nationales lorsque l’on est américain ce n’est vraiment pas du gâteau; mais c’est précisément car les créateurs de la série sont tout autant américains que leurs ennemis romantiques que Love reste un pur produit U.S. Soyons honnêtes, ce n’est pas avec des « dude », des « fuck » et des « motherfuckers » à tort et à travers que l’on fait dans l’irrévérencieux ou le trash. Nos yeux et nos oreilles françaises, et plus largement européennes, en ont vu d’autre! Peut-être qu’aux Etats-Unis, des scènes de sexe avec des corps pudiquement cachés, une jolie fille, un garçon moche, des gros mots, des joints et de l’alcool sont ce qui peut constituer une anti comédie romantique réaliste, malheureusement ça n’est pas le cas chez nous – le pire étant que les critiques américaines sont tout aussi d’accord sur ce point, c’est vous dire… Malgré tous les « vices » présentés, Love lève bien haut le drapeau étoilé et garde en sous texte un petit côté clean et carré, saupoudré d’une dose de naïveté inscrite dans le patrimoine génétique américain.

Alors Oui car cette série n’est pas une comédie romantique américaine de base, Non parce qu’elle n’est pas non plus une comédie réaliste dénuée d’american spirit tendance Bisounours.

En conclusion, Love est loin d’être une mauvaise série et arrive parfaitement à donner envie de la regarder de bout en bout. Avec le malicieux découpage d’une histoire d’amour naissante, les défauts de ses qualités et les qualités de ses défauts donnent un ensemble intéressant et légèrement inconsistant; pas désagréable à regarder sans pour autant être une œuvre juste et équilibré.

L’avis de Bizard Bizard : regardez et plongez dans les méandres du ni oui ni non.

Crédits images: 20minutes.fr (couverture) – fastcocreate.com – deadline.com – slate.com

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  4 comments for “Le double tranchant – Love

  1. 29 février 2016 at 13 h 31 min

    Je n’avais déjà pas envie de regarder cette série des masses mais là c’est confirmé : je ne la regarderai pas. Les critiques semblent mitigées…

    • Z.
      29 février 2016 at 14 h 21 min

      Très sincèrement, si de base tu n’étais pas particulièrement emballée, passe ton chemin fièrement. Il ne s’agit pas d’une mauvaise série, loin de là, mais elle a des tendances exaspérantes assez puissantes. Je pense pouvoir dire que j’ai été plutôt déçue en fin de compte car j’aime bien Judd Apatow, je me suis dit qu’en s’attaquant au « love » il nous offrirait un truc sympa et décaler. Ce qui est le cas, mais sans qu’il n’y est aucune profondeur ou nouveauté dans la façon de traiter ce sujet.

  2. 26 février 2016 at 11 h 00 min

    Est-ce que je vais voir cette série? Oui (en même temps, j’aime le cinéma de Bollywood ;-)). Tout de suite? Non!

    • Z.
      27 février 2016 at 9 h 57 min

      Juste est ta way of thinking! C’est sympa mais sans plus, du coup pas besoin de se précipiter.
      C’est vrai que pour ma part je trépignais, alors je me suis jetée dessus dès la sortie.
      Hum… Comme ça, ça c’est fait, let’s moove on at the nextnextflix chapter… House of cards saison 4!!!!!!!

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